Vinokourov en redoutable finisseur
L'enjeu de l'ultime étape paraissait clair au départ de Corbeil-Essonnes. D'une part, une chasse au maillot vert était organisée par le duo d'Australiens McEwen-O'Grady, qui avaient encore de maigres espoirs de faire vaciller Thor Hushovd. D'autre part, la victoire d'étape de prestige sur les Champs-Elysées vaut toujours son pesant d'or. Mais rien ne pressait pour le peloton, qui sacrifia comme le veut la tradition aux séances de photos et aux dégustations de champagne dans la première partie de l'étape. Ce fut bien sûr à l'entrée dans Paris que la balade devint une course. Philippe Gilbert tenta le premier une attaque juste avant l'entrée dans Paris, mais une chute dans les rangs de Discovery Channel (Hincapie et Popovych) l'incita à se relever. Une foule de candidats se précipita à corps perdus à l'avant de la course dès le deuxième tour de circuit, bien que le chrono eut été officiellement arrêté en raison des raisons climatiques jugées dangereuses. Da Cruz le premier, mais aussi Jalabert, Tankink, Albasini, Knaven et d'autres, tentèrent leur chance. A 9 km de l'arrivée, la course semblait toutefois verrouillée par les équipiers des sprinteurs, qui travaillèrent sans relâche pour reformer le peloton. Le scénario prévu fut toutefois chamboulé par Laurent Brochard et Alexandre Vinokourov, qui attaquèrent au panneau des trois bornes. Mais le Français était à bloc et fut remplacé dans la roue du Kazakh par Krivtsov, puis McGee. Au passage sous la flamme rouge, Vinokourov n'était plus accompagné que de McGee, avec 50 mètres d'avance sur le peloton. "Vino" plaça son accélération à 300 m de la ligne pour aller s'imposer en puissance. Il prit au passage la 5ème place du classement général, devant Leipheimer, et devint le premier « attaquant » vainqueur sur les Champs depuis Eddy Seigneur en 1994. Sa deuxième victoire d'étape était également un message pour l'avenir. Une manière de dire "Je suis encore là" . Car le héros du jour, héros du Tour au sens large, n'était autre que Lance Armstrong, qui a parachevé son œuvre sur les Champs-Elysées en y promenant pour la septième et dernière fois le maillot jaune du vainqueur final. L'Américain, qui a repoussé les limites de sa propre légende en rendant son record un peu plus inaccessible, a fait tomber définitivement le rideau sur une carrière d'exception entièrement vouée au Tour de France. Le chef d'œuvre est accompli. Armstrong est le premier des grands champions du Tour à s'arrêter en pleine gloire.